Témoignage d'Angela, intervenante aux services externes

Témoignage d'Angela, intervenante aux services externes de L'Arrêt-Source

Octobre 2023

  • Depuis combien de temps travailles-tu à L’Arrêt-Source ? Dans quel service travailles-tu ?

    « J’ai commencé à travailler à L’Arrêt-Source en mars 2022 comme intervenante sur la liste de rappel pour l’hébergement, j’ai travaillé ici en remplacement pendant 1 an. Et puis en mars 2023, j’ai eu l’occasion d’avoir le poste au service externe afin de remplacer une collègue en congé maternité. Aux services externes les femmes accompagnées ont 18 ans et plus, ce service est ouvert pour les femmes de tout âge. L’âge n’a pas d’importance, certaines ont plus de 40-50-60 ans, en revanche, elles vivent toutes ou ont toutes vécu de la violence d’une ou plusieurs formes ou en subissent encore les conséquences. »

  • Qu’as-tu fait comme études ? As-tu fait une spécialité ?

    « J’ai fait un Cégep en sciences humaines et par la suite je suis allé à l’université où j’ai fait un certificat en action communautaire et en victimologie.

    La victimologie fait partie des sciences criminelles, c’est l’étude de tout ce qui est relié à la victime, de la relation victime-agresseur, aux diverses conséquences de la délinquance sur la victime, à la prise en charge, etc.

    L’action communautaire c’est tout ce qui est relié aux organismes, à leurs fondements, à leurs pratiques et aux cadres institutionnels dans lequel ils évoluent.»

  • Pourquoi fais-tu ce métier ? Qu’est-ce qui t’anime dans ton travail ?

    « Ce qui m’anime c’est de pouvoir soutenir les personnes vulnérables face aux problématiques qu’elles rencontrent, de les soutenir dans leur démarche pour les accompagner vers un chemin meilleur pour elles, plus serein et de pouvoir apporté à mon niveau, un peu de bonheur dans leur vie. »

  • Pourquoi travailler pour soutenir les jeunes femmes violentées ?

    « C’est une cause qui me tient à cœur, qui me touche particulièrement en tant que femme, en tant que mère et conjointe. Vivre de la violence ça peut arriver à n’importe qui, à n’importe laquelle d’entre nous. »

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  • C’est quoi ta journée type à L’Arrêt-Source en tant qu’intervenante de jour ?

    « Comme je travaille aux services externes, j’adapte vraiment mon horaire aux besoins des femmes que j’accompagne. Je peux les recevoir directement au bureau du service d’aide à l’externe, aller à leur rencontre ou les soutenir par téléphone aussi. Parfois j’ai 3 à 4 suivis dans la même journée, mon rôle c’est de créer un lien de confiance, d’être un filet de sécurité pour les femmes qui nous demandent de l’aide.

    Parfois on m’appelle pour me dire « je ne me sens pas bien, je me sens triste, etc. », je peux avoir les femmes au téléphone ou encore par zoom pour celles qui ne peuvent pas se déplacer. Parfois de simplement voir la voiture de leur ex-compagnon qui était violent peut faire remonter des traumatismes, les déstabiliser, créer de la panique donc je suis là pour les soutenir dans la gestion de leurs émotions et les impacts de cela dans leur quotidien. 

    Je fais aussi des accompagnements à la cour pour de l’aide juridique, je peux les aider à faire des papiers d’IVAC (Indemnisation des Victimes d’Actes Criminels) et de CAVAC (Centre d’Aide aux Victimes d’Actes Criminels) par exemple, je m’adapte vraiment aux besoins des femmes. »

  • Qu’as-tu découvert en travaillant auprès des femmes violentées ?

    « Au quotidien je vois vraiment la souffrance des femmes, l’impact des violences qu’elles ont vécues, celles que leurs enfants peuvent avoir vécu aussi, en effet les femmes accompagnées au service d’aide à l’externe sont parfois aussi maman. Malgré toute leur bonne volonté à faire au mieux, elles ont une réelle peur de perdre la garde de leurs enfants. »

     

     

  • Depuis que tu travailles à L’Arrêt-Source, vois-tu des changements positifs dans la vie des femmes ?

    « Oui, j’en vois tous les jours des changements positifs dans la vie des femmes. Le fait de venir parler, de faire un suivi avec une intervenante c’est déjà un changement positif dans leurs vies. Elles ont la volonté de travailler sur les violences qu’elles ont vécues. C’est déjà beaucoup d’accepter d’être aidée, de faire confiance à nouveau.

    Je me rappelle d’une jeune femme qui est venue aux services externes, en discutant j’ai vu qu’elle avait des symptômes de dépression donc je lui ai proposé d’aller consulter un médecin, ce qu’elle a accepté. C’était important pour sa stabilité, c’était une première étape. À la suite de cela, elle m’a parlé des violences qu’elle vivait chez elle, dans sa famille, chez ses parents. C’était toxique, au point qu’il a fallu trouver une solution d’hébergement pour elle Je l’ai accompagnée dans ce sens, elle a ensuite été hébergée dans une de nos maisons, où elle a réappris à vivre dans un environnement sain. »

  • Qu’es-tu fière d’avoir accompli à L’Arrêt-Source ?

    « Ce que je viens de raconter ça en fait partie : créer un lien de confiance pour soutenir les femmes dans leurs quotidiens, dans leur prise de décision pour elles-mêmes, c’est quelque chose dont je suis fière.

    Les femmes que l’on accompagne ont une grande force, parfois elles ne s’en rendent pas compte. Travailler avec elle pour qu’elles voient tout ce qu’elles ont accompli, c’est important. »

  • As-tu une anecdote d’une réussite à nous partager ? De l’impact positif de ton travail pour les femmes accompagnées et la communauté ?

    « Je parlais de la capacité des femmes à prendre les décisions pour elles-mêmes, je me rappelle une femme qui avait vécu de la violence de son conjoint pendant plusieurs mois, elle l’avait quitté parce qu’elle s’était rendu compte de la violence qu’il lui faisait subir. Pendant cette période délicate, elle a été accompagnée, elle a continué de faire des suivis aux services externes pour poursuivre son travail sur l’impact des violences qu’elle a vécues.

    Quelques semaines plus tard,  elle a rencontré quelqu’un, on pourrait se dire que c’est rapide, mais ce n’est pas à nous de décider de cela, c’est à elle de prendre ses propres décisions. Je lui ai simplement conseillé de mettre « ses lunettes de radars », ce qui veut dire « c’est à toi de voir ce que tu veux, d’apprendre à te connaître, à le connaître et de voir si cela te convient ou non comme relation ». 

    Quelques semaines après, lorsque je la revois en suivi, elle m’annonce finalement qu’elle n’est plus avec lui parce qu’elle s’est questionnée sur ce qu’elle voulait et elle s’est rendu compte qu’elle n’était pas prête pour une autre relation dès à présent. Elle a fait ses propres choix, elle a su exprimer ce qui lui convenait ou non, c’est un grand pas, une belle réussite.  

    Pour certaine, la violence est tellement quotidienne que c’est presque devenu une habitude. Lorsqu’elles viennent nous voir, on leur montre le cycle de la violence, les formes de violences qui existent. Ensuite lorsqu’elles nous parlent de ce qu’elles vivent ou de ce qu’elles ont vécu, elles se rendent compte, parfois surprises : « J’ai vécu tout cela, j’ai survécu à tout cela, mais c’est de la violence. Pourquoi je n’avais pas connaissance de cela ?”

    Il y a une véritable méconnaissance dans la société de toutes les formes de violences qui existent aujourd’hui. »

  • Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsque l’on est intervenante auprès des jeunes femmes violentées ?

    « C’est un métier qui a son lot de difficulté, mais ce que je trouve le plus difficile c’est parfois le sentiment d’impuissance. On aimerait aider encore plus les femmes, mais on doit respecter leurs décisions, prendre en compte le temps dont elles ont besoin. »

  • Comment peut-on soutenir les femmes violentées, soutenir la cause et L’Arrêt-Source ?

    « Chacun peut faire quelque chose pour faire avancer la cause, faire un don, contribuer au financement des services professionnels offerts comme le font les maisons d’hébergement, c’est essentiel. Et puis, on peut s’informer sur les formes de violences qui existent et travailler à changer nos comportements par exemple. »

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Témoignage de Johanne, coordonnatrice des services de L’Arrêt-Source

 

Témoignage de Johanne, coordonnatrice des services de L’Arrêt-Source

Octobre 2023

  • Depuis combien de temps travailles-tu à L’Arrêt-Source ? Dans quel service travailles-tu ?

    « Je travaille à L’Arrêt-Source depuis le 19 décembre 1989 ! J’ai longtemps été intervenante à la maison de 1re étape de L’Arrêt-Source, l’hébergement collectif offrant 9 places. Je suis désormais coordonnatrice des services, donc je fais le pont entre les différents services : hébergement de 1re et de 2e étape, post-hébergement, services externes et administration. »

  • Pourquoi fais-tu ce métier ? Qu’est-ce qui t’anime dans ton travail ?

    « Après mon baccalauréat en criminologie, j’ai fait mon stage en milieu pénitencier, ce qui m’a permis de me rendre compte que je ne voulais pas travailler avec les agresseurs, mais que je voulais plutôt travailler auprès des femmes.

    Je ne connaissais pas tellement les maisons d’hébergement, c’était assez nouveau comme services offerts à l’époque. Ce qui m’a vraiment attiré c’était d’offrir des services et de l’hébergement à long terme. Au début de L’Arrêt-Source, les services d’hébergement offerts étaient d’une durée d’un an. Au fil des années, nous nous sommes adaptées aux besoins des femmes, désormais elles peuvent habiter jusqu’à 3 ans dans nos maisons (1re et 2e étape cumulé).

    Ce qui m’anime c’est aussi de travailler à faire valoir, notre expertise et nos compétences en tant qu’intervenante,  à faire entendre notre voix en tant que milieu communautaire et surtout en tant que services professionnels et essentiels auprès de la population et des instances politiques.»

  • Pourquoi travailler pour soutenir les jeunes femmes violentées ?

    « Au départ j’ai plutôt choisi d’aider les femmes, que la cause des femmes violentées en particulier. À sa création,  L’Arrêt-Source était dédiée aux femmes en difficulté et puis, au fil des années, nous nous sommes rendu compte que le point commun de toutes les femmes que l’on soutenait et accompagnait : c’était la violence. Nous nous sommes donc définie comme maison d’hébergement pour les jeunes femmes violentées.

    Aujourd’hui, une des raisons qui m’anime beaucoup c’est de faire reconnaître dans le milieu, auprès du gouvernement et dans la société, toutes les formes de violences que vivent les jeunes femmes. Les violences genrées prennent toutes les formes : la violence familiale, la violence amoureuse, l’exploitation sexuelle, les gangs de rue, la violence justifiée par "l’honneur", etc. Toutes ces formes de violences ne sont pas nécessairement reconnues, c’est aussi à cela que je travaille lorsque je participe à des comités avec de partenaires d’intervention par exemple. »

  • Pourquoi travailles-tu à L’Arrêt-Source spécifiquement ?

    «Je travaille à L’Arrêt-Source, car c’est de l’accompagnement à long terme qui est offert. C’est important pour moi d’offrir cette ressource, ça fait tellement une différence pour aider les femmes, c’est essentiel pour elles. Malgré leur jeune âge, les jeunes femmes que nous soutenons ont déjà vécu beaucoup de violences. Les femmes que je rencontre sont vraiment résilientes, ça m’impressionne toujours.

    Encore une fois, c’est une cause qui me tient à cœur parce qu’elle n’est pas reconnue, à la fois, dans les services, par le gouvernement et dans le fonctionnement de la société. Voilà un exemple très concret :

    Une femme qui est violentée par son conjoint, la société comprend qu’elle n’est plus avec lui et qu’il ne donnera pas de compensation financière. Pour les demandes de prêts et bourses, pour l’aide sociale, etc. c’est clair, c’est de la violence conjugale, donc ça rentre dans une case. Mais, si une jeune fille a été abusée sexuellement par son père pendant des années et qu’elle demande ensuite des prêts et bourses, c’est autre chose. Cette violence-là n’est pas reconnue, alors elle ne pourra pas bénéficier des prêts et bourses ou de l’aide sociale. Elle devra demander à son agresseur, à son père, une contribution parentale pour vivre. Mais qui veut rester en contact et dépendant de son agresseur ?

    Il y a encore beaucoup de travail à faire pour éviter ce type de situation, éviter cette violence et la faire reconnaître. »

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  • C’est quoi ta journée type à L’Arrêt-Source en tant qu’intervenante de jour ?

    « Mon travail c’est vraiment de coordonner l’ensemble des besoins et des services. J’ai une lecture de tout ce qui se passe dans chacun des services pour que l’on soit cohérente, que ça s’arrime partout et que le pont se fasse entre les résidentes et les intervenantes,  les intervenantes et l’administration. En coordonnant, je dois aussi m’assurer que les services offerts aux femmes sont toujours de qualité.

    Je suis là pour appuyer l’intervention, appuyer les décisions prises ou prendre les décisions lorsque nécessaire.»

  • Qu’as-tu découvert en travaillant auprès des femmes violentées ?

    « chaque année, je vois que les femmes violentées que nous accompagnons sont vraiment très seules. Très peu ont de la famille ou des amis sur qui elles peuvent compter. C’est très rare que les femmes partent la fin de semaine pour voir des proches, sortir ou aller au restaurant. Elles ne partent pas ou bien très peu en vacances, elles sont présentes dans nos services à Noël, la majorité d’entre elles n’a pas d’entourage.

    Cette solitude, c’est l’une des choses qui me frappe le plus. D’année en année, les nouvelles résidantes font face à cette problématique, d’où l’importance de l’accompagnement au quotidien et à long terme. »

     

  • Depuis que tu travailles à L’Arrêt-Source, vois-tu des changements positifs dans la vie des femmes ?

    « Il y en a beaucoup !  En 35 ans, il y en a eu de belles histoires !

    Parmi les femmes victimes d’inceste, certaines ont été capables de faire le dévoilement et ont finalement décidé de poursuivre l’agresseur, le père ou les parents, qui ont parfois une certaine visibilité publique. C’est courageux.

    Il y a aussi eu de nombreux retours aux études, parfois très poussées : maîtrise, doctorat.

    Certaines femmes, grâce et avec de l’accompagnement professionnel ont vu leur diagnostic de santé mentale évoluée, leur médication diminuée, pour parfois même sortir de la torpeur des médicaments.

     Après avoir connu des institutions jeunesse ou des institutions médicales fermées pendant longtemps, certaines femmes sont finalement devenues autonomes. Elles ont appris à conjuguer avec la vie seule en appartement et avec le travail. Bien sûr, elles peuvent avoir des épisodes où elles vont moins bien, elles apprennent aussi à gérer leur santé mentale au quotidien, mais il n’y a plus d’hospitalisation par exemple. C’est une réussite vraiment importante. La stabilité de l’hébergement que l’on propose sur 3 ans, cela les aide vraiment pour aller mieux. 

    Nous sommes loin de la structure du départ, mais ce qui n’a pas changé depuis toutes ces années, c’est le courage de ces jeunes femmes qui sonnent à la porte de L’Arrêt-Source avec dans leur cœur l’espoir que demain sera meilleur. 

    Voir la grande capacité d’adaptation des femmes, leur résilience et leur courage, c’est toujours impressionnant.»

  • Qu’es-tu fière d’avoir accompli à L’Arrêt-Source ?

    « Ce que je trouve le plus valorisant, c’est vraiment lorsque l’on réussit à établir un lien de confiance avec une femme. C’est ce lien qui contribue à la réussite de nos interventions. Cela peut être compliqué à mettre en place parce que les femmes accompagnées ont fait confiance à beaucoup de personnes dans leur vie, mais ça a souvent mal tourné. Alors quand elles essayent de faire à nouveau confiance, à notre équipe et que l’on arrive à créer ce lien, il se passe des belles choses. »

  • As-tu une anecdote d’une réussite à nous partager ? De l’impact positif de ton travail pour les femmes accompagnées et la communauté ?

    « Parmi les nombreuses jeunes femmes accompagnées, je pense à l’une d’elles qui était en dépression majeure lors de son arrivée à L’Arrêt-Source, elle était également dépendante. Elle a été accompagnée par notre équipe d’intervention et hébergée pendant 2 ans dans les services de L’Arrêt-Source. Elle a appris à se faire confiance, à nous faire confiance, à créer des liens avec d’autres femmes. Elle a terminé ses études et s’est épanouie au fil des mois.

    Elle a ensuite quitté L’Arrêt-Source pour un appartement seule, rien que pour elle. Elle nous a demandé de l’accompagner dans cette nouvelle étape d’autonomie. Nous avons fait quelques suivis à son domicile, l’avons aidée à s’installer et à s’adapter dans son nouveau quartier. 

    Ce sont de nombreuses victoires, de belles réussites que l’on voit à travers son parcours, c’est vraiment impressionnant.»

  • Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsque l’on est intervenante auprès des jeunes femmes violentées ?

    « Ce que je trouve le plus difficile, c’est lorsque je ne sens plus l’espoir chez la jeune femme. C’est toujours un moment complexe. Ce manque d’espoir, cette période où l’on n’arrive plus à recréer le lien avec la jeune femme, cette impuissance, c’est vraiment ce que je trouve le plus difficile. »

  • Comment peut-on soutenir les femmes violentées, soutenir la cause et L’Arrêt-Source ?

    « On peut toutes et tous faire quelque chose, chacune et chacun peut adhérer à une cause et la soutenir. Les services professionnels offerts par le milieu communautaire sont beaucoup utilisés, ils répondent à des besoins essentiels de la population. C’est primordial de les soutenir financièrement pour permettre à toutes celles et ceux qui en ont besoin d’y accéder. »

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Témoignage de Martine, intervenante depuis 28 ans à L'Arrêt-Source

Témoignage de Martine, intervenante depuis 28 ans à L'Arrêt-Source

Octobre 2023

  • Depuis combien de temps travailles-tu à L’Arrêt-Source ? Dans quel service travailles-tu ?

    « Moi je travaille à L’Arrêt-Source depuis 28 ans, je travaille au service d’hébergement de 1re étape, donc l’hébergement collectif qui offre 9 places dans notre maison pour jeunes femmes violentées. Les jeunes femmes accompagnées ont entre 18 et 30 ans, elles font face à diverses difficultés. Ce sont des femmes que l’on accompagne vers plus d’autonomie pour aller ensuite en appartement que ce soit dans nos appartements de 2e étape ou des appartements où elles sont complètement autonomes. »

  • Qu’as-tu fait comme études ? As-tu fait une spécialité ?

    « J’ai commencé par faire un baccalauréat en psychologie, puis une maîtrise (j’ai fait toute la scolarité sans déposer mon mémoire), après quelques années j’ai entrepris de faire une autre maîtrise, cette fois-ci en service social. »

  • Pourquoi fais-tu ce métier ? Qu’est-ce qui t’anime dans ton travail ?

    « Du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours été celle qui voulait aider. Même en école primaire, quand les petites filles se faisaient intimider, j’allais m’interposer. J’ai toujours entendu cet appel d’aider les gens directement, c’est quelque chose qui me nourrit beaucoup.

    Et puis, de travailler auprès des femmes, de les accompagner au quotidien et de voir l’impact positif dans leur vie, ça a confirmé et conforté mon choix.»

  • Pourquoi travailler pour soutenir les jeunes femmes violentées ?

    « Au départ la maison n’était pas identifiée comme dédiée aux femmes victimes de violences, c’était pour les femmes en difficulté. Ce que je trouvais intéressant c’était le fait de les soutenir dans différentes sphères de leur vie, la diversification des problématiques, mais ça n’a pas été long avant que l’on se rende compte que les femmes accompagnées avaient toutes ou presque vécu des violences.

    Même à 18 ans, sans que ce soit nommé de la violence conjugale, elles sont nombreuses à avoir vécu des relations violentes dans leurs fréquentations. »

  • Pourquoi travailles-tu à L’Arrêt-Source spécifiquement ?

    « Le point fort de L’Arrêt-Source pour moi, c’est l’aspect long terme et c’est l’une des raisons pour lesquels je travaille ici. Les femmes peuvent être dans nos hébergements jusqu’à désormais une durée de 3 ans. Le long-terme permet d’apprendre à bien connaître les femmes, le fait de vivre avec elles au quotidien va permettre d’observer des choses, qu’elles ne raconteront peut-être pas de vive voix.

    On voit des aspects de la femme dans son quotidien qui peuvent être plus longs et difficiles à voir quand il s’agit de rencontre de suivi en consultation externe, parce qu’à ce moment-là, les femmes vont présenter leur réalité qui n’est pas nécessairement la réalité. Donc je trouve que c’est très riche de les côtoyer d’aussi près, ça devient aussi plus facile de créer un lien de confiance, ça fait une bonne différence dans l’accompagnement offert.

    Un exemple très simple, lorsqu’une femme s’autosabote pour une entrevue d’emploi, par exemple elle ne va pas mettre de réveil, ou bien elle va se mettre en retard. Dans ces moments-là, on peut être du soutien concret pour éviter l’autosabotage.

    Je travaille aussi  à L’Arrêt-Source, car nous soutenons les femmes qui vivent de la violence quelle qu’en soi la forme : familiale, basée sur l’honneur, gang de rue, conjugale, etc.

    Travailler à L’Arrêt-Source, c’est travailler auprès des femmes sur plusieurs pans de leurs vies, c’est très diversifié et c’est ce qui me plaît aussi. Je reste en alerte, je ne me repose pas sur ce que je connais, le mélange des résidantes est toujours différent, ça amène aussi son lot de nouveauté et d’adaptation, je ne m’ennuie jamais.

    On est aussi très connu du milieu désormais, on a de nombreux partenaires d’intervention. Et puis, on participe très régulièrement à des formations. L’Arrêt-Source, malgré les coûts, n’a jamais hésité à continuer de nous former pour toujours améliorer les services offerts aux femmes, et ça porte ses fruits.

    Avec cette approche globale et le continuum de services offert à L’Arrêt-Source ça permet aussi de voir l’évolution des femmes à travers tout le processus. C’est gratifiant aussi pour nous dans notre travail.

    Il y a quelques mois, j’ai reçu le courriel d’une femme, une ancienne résidante que j’ai connue lors de ma première année ici à L’Arrêt-Source. Elle m’écrivait à quel point L’Arrêt-Source a changé sa vie, qu’encore aujourd’hui, dans certaines situations il lui arrivait de se demander « Qu’est-ce que Martine m’aurait dit ?” Je ne dis pas ça pour flatter mon ego, je le dis dans le sens : c’est L’Arrêt-Source et le travail que l’on fait ici qui font une différence pour ces femmes. C’est un moment charnière et sensible de leurs vies, elles sortent d’un milieu très difficile pour arriver dans un endroit qu’elles ne connaissent pas, où elles doivent de nouveau essayer de faire confiance; alors quand on a des retours comme celui-ci de la part des femmes directement c’est toujours gratifiant et confortant dans notre action et notre mission. »

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  • C’est quoi ta journée type à L’Arrêt-Source en tant qu’intervenante de jour ?

    « Il n’y a pas tellement de journée type à L’Arrêt-Source, bien que quelques tâches soient récurrentes.

     La première chose lorsque j’arrive c’est le changement de quart : c’est le moment des transmissions d’informations avec ma collègue de nuit,  elle me fait un résumé des évènements important de la soirée afin de nous permettre de prendre le relais.

    C’est important parce que ça me permet d’être plus à même de répondre aux besoins des femmes soutenues, d’assurer une démarche et une intervention cohérentes.

    C’est un guide, tout cela permet aussi d’éviter de faire répéter à une femme des choses qu’elle a pu dire à une collègue qui sont traumatisantes à répéter pour elle, cela permet plutôt de poursuivre la conversation.

    Ensuite, je m’adapte selon les demandes et les besoins des femmes. Je peux être amenée à faire des suivis individuels en complément du suivi hebdomadaire qu’elles font avec leurs intervenantes de référence, les aider dans leurs démarches administratives, les aider à préparer un souper,  être à l’écoute par exemple lorsqu’une femme à de la peine suite à un appel téléphonique difficile avec sa mère et qu’elle souhaite en parler, etc.

    Quel que soit le sujet ou le besoin, notre bureau est toujours ouvert pour elles. »

  • Qu’as-tu découvert en travaillant auprès des femmes violentées ?

    « On a beau savoir l’impact de la violence sur les femmes et dans leurs vies, de le voir c’est toujours difficile.

    Les femmes viennent de tous les milieux et ont pour la plupart vécu des situations très difficiles. Elles ont seulement entre 18 et 30 ans et ce qui m’a toujours marqué c’est de voir l’étendue des dommages que la violence a pu faire à ces femmes-là qui sont si jeunes, voir cet impact sur la confiance, sur l’estime de soi, c’est terrible. »

  • Depuis que tu travailles à L’Arrêt-Source, vois-tu des changements positifs dans la vie des femmes ?

    « J’en vois beaucoup des changements positifs dans la vie des femmes que l’on accompagne, c’est aussi la beauté du continuum de services. On a l’opportunité de voir l’évolution des femmes, du premier jour de leur séjour à la fin de l’hébergement et même après grâce au service de post-hébergement qui les soutient dans cette nouvelle étape de vie lorsqu’elles n’habitent plus dans nos maisons.

    De nombreuses femmes nous disent : « Vous êtes comme la première famille saine dans laquelle je vis. » et je crois que ça vient du lieu de vie, de l’esprit de vivre ensemble et de la proximité que l’on offre dans nos maisons.

    Parmi les nombreux changements positifs que je vois, je pense à l’histoire de cette femme :

    Ce n’était pas facile, elle est arrivée au Canada avec sa mère qui elle, avait la nationalité canadienne. Cette jeune femme était venue en congé, sa mère était malade d’un cancer qui l’a finalement emportée. Le père biologique de cette jeune femme, qui était resté dans leurs pays d’origine, était très violent. La jeune femme, elle, avait un statut de visiteur au Canada donc un risque de devoir retourner dans son pays d’origine, à tout juste 18 ans.

    Elle est restée un moment chez ses grands-parents qu’elle connaissait très peu, elle a eu un conjoint qui était lui aussi très violent et puis elle a reçu un avis d’expulsion de l’immigration Canada. Elle était très démunie face à tout cela. Je l’ai accompagnée pour travailler avec elle la violence qu’elle a vécue, elle avait du mal à l’accepter, accepter que c’était de la violence qu’elle vivait, mais ça a fait son chemin. Elle a donc laissé son conjoint, une étape importante vers une vie loin de la violence. On a fait de nombreuses démarches auprès de l’immigration ce qui lui a permis de rester ici, au Canada, loin de la violence de son père.

    Aujourd’hui elle est maman, elle est mariée et elle nous appelle encore pour nous donner de ses nouvelles.

    Il y a beaucoup des histoires de femmes qui étaient prises dans relations tellement malsaines et toxiques, avec qui on a réussi à travailler pour identifier tous les enjeux afin qu’elles se sortent de ces relations-là, ce sont vraiment des belles réussites. »

  • Qu’es-tu fière d’avoir accompli à L’Arrêt-Source ?

    « Je te dirais que la chose dont je suis la plus fière et la plus satisfaite c’est de ne pas avoir perdu le feu, l’intérêt et la passion d’aider les femmes. On évolue en même temps qu’elles, on modifie les services, tout est en mouvement.

    J’y crois à L’Arrêt-Source et au travail que l’on fait. J’y crois puis je l’ai vu et je le vois encore que ça fait une différence pour les femmes. »

  • As-tu une anecdote d’une réussite à nous partager ? De l’impact positif de ton travail pour les femmes accompagnées et la communauté ?

    « Des réussites des femmes il y en a beaucoup !

    Voir les femmes affronter et traverser leur peur, de les voir se dépasser, de les voir fières de leur évolution, fières d’aller dans leur premier appartement que ce soit dans nos appartements de 2e étape ou complètement autonomes, tout cela ce sont des réussites des femmes.

    On reçoit souvent des courriels d’anciennes résidantes qui nous donnent de leurs nouvelles ou bien la visite de femmes qui viennent nous présenter leurs bébés. Pour nous, c’est aussi un signe que leurs passages à L’Arrêt-Source les ont vraiment aidés, elles savent qu’elles ne sont pas des numéros pour nous et que la porte est toujours ouverte.»

  • Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsque l’on est intervenante auprès des jeunes femmes violentées ?

    « C’est certain qu’il y a des choses difficiles et compliquées, mais cela fait partie du processus. Pour moi, le plus dur c’est de voir les femmes qui ont vécu des relations toxiques et violentes, retourner dans cette relation, voir que cela peut prendre plusieurs tentatives avant qu'elle quitte définitivement cette relation toxique, ce conjoint violent. C’est difficile, mais on sait que ça fait partie des étapes. Il faut l’accepter et être présente pour elles, lui montrer que la porte est toujours ouverte pour les soutenir et les accompagner.

    Un autre élément par exemple, c’est lorsque les femmes qui arrivent ici perçoivent l’autonomie comme une liberté totale, sans règles, sans cadre, elles ont de la difficulté à supporter celles de notre maison et qu’elles quittent L’Arrêt-Source. On a vu beaucoup de femmes partir comme cela puis revenir plus tard en ayant compris pourquoi ce cadre existe pour leurs mieux-être.

    J’ai un exemple très précis d’une femme qui avait quitté L’Arrêt-Source pour cette raison puis dont la travailleuse sociale nous avait appelés quelque temps après, c’est moi qui l’avais eu au téléphone. La jeune femme a reconnu ma voix, puis quand je lui ai dit qu’elle pouvait venir faire une entrevue d’admission pour revenir habiter dans notre maison d’hébergement elle était tellement émue, elle m’a dit « Je pensais que vous ne voudriez jamais me reprendre vu comment je n’ai pas été fine quand j’ai habité ici. ». Mais bien sûr qu’on les accueille !  

    Ce qui me rassure c’est qu’elles savent que l’on existe, qu’on est là pour elles, que la porte est ouverte, et qu’elles reviennent c’est un  grand pas pour elles. Et puis pour toutes celles qui ont fait un séjour à L’Arrêt-Source, elles peuvent bénéficier du service de post-hébergement de L’Arrêt-Source qui peut les soutenir et les référer dans nos maisons d’hébergements. »

  • Comment peut-on soutenir les femmes violentées, soutenir la cause et L’Arrêt-Source ?

    « L’une des premières choses à mon sens c’est de s’éduquer, de se renseigner sur les impacts de la violence (itinérance, dépendance, etc.), c’est le rôle de chacun. S’informer sur les réalités des femmes violentées, de toutes les problématiques auxquelles elles font face c’est important pour se rendre compte des différentes réalités qui existent encore aujourd’hui. On est toutes et tous concernées.

    Les féminicides sont les résultats, le pire résultat de la violence. Cela ne survient pas de nulle part et la mauvaise information, la mauvaise médiatisation n’aide pas à faire comprendre la réalité.

    Et puis, connaître des ressources et leur donner de la visibilité aussi c’est important. Le réseau des maisons d’hébergement n’est pas très connu, mais plus on est connu, plus on peut rejoindre les femmes qui ont besoin de notre aide et qui parfois ne nous connaissent pas.

    Pour les personnes qui ont dans leurs entourages des femmes victimes de violences, si vous ne savez pas comment les soutenir, vous pouvez nous appeler pour avoir des conseils. En ayant connaissance des ressources, vous pourrez aussi en informer vos proches, c’est une manière d’aider.

    Malgré les budgets développés, il manque encore des services et des ressources à long terme alors c’est important de soutenir tout le réseau déjà existant et de soutenir son développement pour faire face aux besoins. »

Votre soutien est important, vous pouvez faire une différence dans la vie des jeunes femmes que nous accompagnons. Faites un don !

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Témoignage d’Élodie, intervenante au post-hébergement de L’Arrêt-Source

Témoignage d’Élodie, intervenante au post-hébergement de L’Arrêt-Source

Octobre 2023

  • Depuis combien de temps travailles-tu à L’Arrêt-Source ? Dans quel service travailles-tu ?

    « Cela fait 9 ans que j’ai un lien avec L’Arrêt-Source. J’ai travaillé pendant 4 ans comme intervenante en maison d’hébergement de 1re étape (hébergement collectif, 9 places). Par la suite je suis devenue intervenante sur appel afin de faire des remplacements.

    Désormais, cela fait plusieurs mois que je travaille au service de post-hébergement de L’Arrêt-Source. Les femmes que l’on accompagne dans ce service sont des femmes qui ont quitté les hébergements de L’Arrêt-Source, elles ont par exemple trouvé un autre logement qui correspondait à leur besoin, mais souhaite toujours de l’accompagnement. Parmi les femmes il y en a qui, quelques années après leur passage dans nos maisons d’hébergement, continue de faire des suivis ou demande de l’aide de manière ponctuelle. Notre porte est toujours ouverte pour elles.»

  • Qu’as-tu fait comme études ? As-tu fait une spécialité ?

    « À la base, j’ai un baccalauréat en criminologie. Il y a deux branches principales en criminologie, il y a l’analyse des comportements délinquants et l’accompagnement des victimes. C’est l’accompagnement des victimes qui m’intéressait le plus à ma sortie d’étude, notamment l’accompagnement à long terme. »

  • Pourquoi fais-tu ce métier ? Qu’est-ce qui t’anime dans ton travail ?

    « J’ai choisi de faire ce métier parce que j’ai envie d’accompagner les femmes dans leur quête à aller mieux. Ce qui m’anime principalement, c’est de sentir que je peux aider, qu’être présente dans des moments difficiles de la vie des femmes ça contribue à les soutenir dans leur quête de mieux-être. L’intervention c’est aussi être capable d’orienter vers les services les plus adaptés, guider les femmes vers la forme de soutien qui leur sera le plus bénéfique selon les besoins qu’elles expriment et les problématiques qu’elles rencontrent, ça fait une différence concrète dans leur vie. »

  • Pourquoi travailler pour soutenir les jeunes femmes violentées ?

    « J’ai fait le choix de travailler auprès des femmes parce que je me sens concernée en tant que femme, en effet au quotidien on peut être confronté à plus de violences que les hommes, on l’expérimente régulièrement dans la société et nos histoires personnelles peuvent aussi être empreintes de violences.  

    Malheureusement il existe de multiples formes de violences, qui sont très différentes les unes des autres, je pense aux violences familiales, institutionnelles, conjugales, etc., je veux accompagner les femmes qui y font face. »

  • Pourquoi travailles-tu à L’Arrêt-Source spécifiquement ?

    « J’ai travaillé dans plusieurs maisons d’hébergement, mais je travaille à L’Arrêt-Source, j’y reviens toujours parce que c’est de l’accompagnement à long terme qui est offert et que l’on aide les femmes dans leur quotidien. Quand j’ai découvert L’Arrêt-Source, cela correspondait à mon objectif de travailler sur la gestion des émotions, sur l’accompagnement vers des objectifs de vie, sur l’accomplissement d’objectifs professionnels pour les femmes, tout en étant en milieu de vie, c’est-à-dire dans le quotidien des femmes soutenues.

    Je crois fortement aux approches d’intervention utilisées par L’Arrêt-Source. Je vois réellement au quotidien l’impact positif de l’accompagnement offert aux femmes. En travaillant avec elles avec ses approches, nous les accompagnons pour qu’elles apprennent à être plus autonomes, à prendre leurs décisions, tout en respectant leur choix de vie et leur rythme. Elles ne sont pas prêtes à travailler sur leurs comportements et sur leurs émotions au même moment, alors on s’adapte, c’est tout l’intérêt de l’accompagnement personnalisé à long terme.

    Je trouve aussi qu’à L’Arrêt-Source nous offrons un milieu de vie chaleureux et vraiment accueillant. Personnellement je trouve que ça fait une différence d’habiter dans une maison bien décorée, bien entretenue, ça contribue au fait de se sentir bien et en sécurité. Même si cela implique des dépenses et un coût financier important en tant qu’organisme, on a toujours accordé cette importance pour nos maisons d’hébergement à L’Arrêt-Source.»

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  • C’est quoi ta journée type à L’Arrêt-Source en tant qu’intervenante de jour ?

    « Au post-hébergement, on s’adapte aux besoins des femmes. Selon ce qu’elles expriment,  je vois certaines femmes pour un suivi régulier, chaque semaine par exemple. On peut se rencontrer en personne, à leur domicile, par téléphone ou même par zoom. J’ai aussi beaucoup d’échanges pas messages textes et des appels, notamment pour celles avec qui je n’ai pas un suivi régulier.  Cela permet aux femmes de rester en contact avec quelqu’un de confiance et parfois de nous donner des nouvelles. »

  • Qu’as-tu découvert en travaillant auprès des femmes violentées ?

    « Ce que je vois en travaillant auprès des femmes violentées c’est qu’il manque encore des services, notamment pour les femmes avec certaines problématiques ciblées. Il n’y a pas beaucoup de places pour les femmes qui sont seules, sans enfants et les places en hébergement à long terme manquent vraiment aussi.

    Il y a beaucoup de gens qui sont interpellés par la cause, mais cela n’empêche pas les difficultés de financement des organismes. »

     

  • Depuis que tu travailles à L’Arrêt-Source, vois-tu des changements positifs dans la vie des femmes ?

    « Oui, j’en vois beaucoup ! La première chose que j’ai observée au fil du temps, c’est le développement de la capacité d’introspection des femmes. On peut voir, parfois quelques années plus tard, qu’elles ont plus la capacité d’avoir un jugement et une analyse de la situation à laquelle elles font face. Elles font aussi preuve de beaucoup de débrouillardise.

    Et puis, certaines femmes, après avoir connu L’Arrêt-Source, jouent à leur tour un rôle de référence pour d’autres femmes, ce sont elles qui font connaître L’Arrêt-Source aux femmes qui en ont besoin. Il y a une transmission, ça ruisselle, le soutien, les connaissances et l’information se transmettent entre femmes. »

  • Qu’es-tu fière d’avoir accompli à L’Arrêt-Source ?

    « Je pense que ma plus grande fierté c’est d’avoir réussi à créer des liens sécures avec certaines femmes accompagnées. Ce n’est pas facile de créer ce lien et de le développer, alors lorsque l’on arrive à être une référence de confiance, de soutien et d’écoute, que l’on devienne un souvenir positif pour les femmes, c’est une véritable fierté. »

  • Qu’est-ce qui est le plus difficile lorsque l’on est intervenante auprès des jeunes femmes violentées ?

    « Je pense que le plus difficile, c’est de voir la souffrance intérieure que certaines femmes portent et l’accumulation des traumatismes qu’elles ont vécus. L’ensemble de ces traumatismes va demander du temps, beaucoup de temps et de travail de la part des femmes avant d’arriver à une forme de paix intérieure, à une vie fonctionnelle dans la société c’est-à-dire avec un emploi qui leur correspond, qui leur permet de vivre décemment, une inclusion sociale, à créer des liens amicaux bienveillants, etc. ».

  • Comment peut-on soutenir les femmes violentées, soutenir la cause et L’Arrêt-Source ?

    « Comme je le disais, le financement des organismes est nécessaire pour permettre d’offrir des services de qualité tout au long de l’année, alors faire un don c’est essentiel. 

    Je crois aussi qu’être ouvert à la discussion avec des gens qui travaillent sur le terrain, en intervention, pour développer ses connaissances, c’est déjà un premier pas. Ça permet aussi de conscientiser les normes genrées dans lesquelles on évolue et de développer un sens critique par rapport à la réalité de notre société.

    Et puis, pour celles et ceux qui sont intéressés par l’intervention qui ont l’énergie pour faire ce travail, qui n’est pas facile, il faut le reconnaître, n’hésitez pas à vous former, car le relais sur le terrain est nécessaire.

    Et puis,  c’est important de porter les besoins et réalités de l’intervention auprès des instances politiques.»

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